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Le quatrième dimanche du Carême, appelé "Laetare" ("Réjouis-toi... !"), marque un temps de joie particulière dans la pénitence qui marque la montée vers Pâques. C'est le moment de la "mi-Carême".

Durant ce dimanche, tout comme durant le troisième dimanche de l'Avent (appelé Gaudete), les ornements violets peuvent être remplacés par une autre couleur liturgique : le rose.

"Laetare" correspond à la première parole chantée ou dite dans le rituel latin de la messe de ce jour (aussi bien la messe tridentine que la messe dite de Paul VI, traduite en français et dans d'autres langues vernaculaires). Il s'agit du début de l'introït, tiré du Livre d'Isaïe (66,10-11) ; la suite est le 1er verset du Psaume 121.

Les autres textes et chants de ce dimanche ont la même tonalité d'espérance joyeuse.

[modifier]Texte de l'introït Laetare (latin et français)
LAETARE Jerusalem : et conventum facite omnes qui diligitis eam.

Gaudete cum laetitia, qui in tristitia fuistis : ut exultetis et satiemini ab uberibus consolationis vestrae.

- Laetatus sum in his, quae dicta sunt mihi : in domum Domini ibimus.


"Réjouis-toi, Jérusalem, et vous tous qui l'aimez, rassemblez-vous dans l'allégresse.

Tressaillez de joie, vous qui pleuriez : exultez et rassasiez-vous à l'abondance de ses délices.

- Je me suis réjoui de ce que l'on m'a dit : nous irons à la maison du Seigneur."

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Le dimanche de Laetare

Il semble que, dès l'antiquité chrétienne, ce quatrième dimanche a revêtu le caractère particulier d'une pause au milieu du Carême[1], ainsi les liturges mozarabes[2] qui ne badinaient pas avec la symbolique, allèrent jusqu'à excepter ce dimanche du Carême que, par ailleurs, ils n'avaient commencé que le lundi suivant le premier dimanche, ce qui leur donnait, de part et d'autres de Lætare six jours et deux semaines (vingt jours).

La liturgie romaine qui suspend les exercices pénitentiels le dimanche, ce pourquoi le Carême y compte quarante-six jours, les marque tout de même d'une certaine austérité (suppression du Gloria et de l'Alleluia, ornements violets, disparition des fleurs et des instruments de musique) qu'elle tempère au dimanche de Lætare où elle prend les ornements roses ; jadis le pape, contrairement aux autres dimanches du Carême, venait à cheval à la station qui, ce jour-là, se faisait à Sainte-Croix-de-Jérusalem où l'on vénérait la Croix glorieuse. « Reposons-nous et disposons-nous à parcourir avec courage la deuxième partie du Carême, plus dure que la première. »

Souvent, le dimanche de Lætare, on faisait le scrutin des catéchumènes qui devaient recevoir le Baptême à Pâques.



Au dimanche de Lætare, il arrivait que le pape offrît une rose d'or. L'idée en serait due au saint pape Léon IX qui, en 1049[3], solennisa un usage peut-être ancien que le bienheureux Urbain II concrétisa en 1096, à la clôture du concile de Tours, lorsqu'il offrit une rose d'or au comte Foulques d'Anjou.

Il s'agit d'un bouquet roses en or ou en vermeil, ornées de pierres précieuses ; la fleur centrale, plus grande que les autres, porte, en son milieu, une petite cavité que le pape remplit de baume et saupoudre de musc ; autrefois la rose d'or était bénie et encensée à Sainte-Croix-de-Jérusalem[4]. La formule de bénédiction fait l'éloge de la rose qui, « par sa couleur, le symbole de la joie de l'Eglise, dont l'odeur figure les bonnes ½uvres de la personne à honorer, alors que la rose elle-même, produite de la racine de Jessé, est mystiquement la fleur des champs et le lys de vallées dont parle l'Ecriture, c'est-à-dire Jésus né de Marie. » Après Durant de Mende[5] qui recopiait Innocent III, les liturgistes nous apprennent que la rose d'or est le symbole de ce printemps éternel qui succéda à l'hiver et aux tristesses de la terre, comme en ce dimanche les fleurs printanières parent le sol après les frimats.

La rose d'or fut d'abord réservée exclusivement au préfet de Rome. « Après l'office, le Pape, tenant à la main la rose bénite, la montrait au peuple, comme l'emblème de leurs communes espérances pour l'avenir et de leurs dispositions actuelles. Portant toujours la rose à la main, le pontife était reconduit jusqu'au parvis de la Basilique, par le préfet de Rome, en habit de pourpre et en chaussure de couleur d'or, qui soutenait l'étrier pour aider le Saint-Père à descendre de cheval. Afin de reconnaître ce témoignage de respect, le pape donnait la rose à ce dignitaire, qui la recevait à genoux et lui baisait le pied. » Plus tard la rose d'or fut offerte à un fidèle catholique qui avait rendu un signalé service à l'Eglise. Lors de son séjour à Paris, Alexandre III donna la rose d'Or à Louis VII (1163). Léon X envoya une rose d'or à l'archiduc Charles, futur Charles-Quint. Don Juan d'Autriche la reçut en 1576, après avoir remporté la victoire de Lépante sur les Turcs[6]. A Saint-Jean d'Aix-en-Provence, avant que les révolutionnaires français ne le détruisissent, on voyait, sur le tombeau, le dernier comte de Provence[7] de la maison de Barcelonne, Raymond Béranger IV, le défunt représenté avec la rose d'or que le pape Innocent IV lui avait envoyée en 1244 ; on conserve, au musée de Cluny, à Paris, la rose d'or que le pape Clément V donna à Humbert de Neufchâtel, prince-évêque de Bâle[8].

Les papes donnèrent souvent la rose d'or à quelque reine qui se distinguait par ses vertus, ce qui fut le cas, pour la France, de Marie-Thérèse d'Autriche, femme de Louis XIV (1668)[9] et de Marie Leszcynska, femme de Louis XV (1732). Depuis le début du XIX° siècle, la rose d'or fut plusieurs fois décerné à des souveraines : la reine Charlotte de Bavière la reçut de Pie VII.

(1819) ; la reine Marie-Thérèse de Sardaigne la reçut de Léon XII (1825) ; l'impératrice Marie-Anne d'Autriche la reçut de Grégoire XVI (1832), comme la reine Marie-Pia de Savoie (1842) ; Pie IX l'offrit à la reine Marie-Thérèse des Deux-Siciles (1849), à l'impératrice Eugénie (1856)[10], à l'impératrice Elisabeth d'Autriche (1868) et à la reine Marie-Isabelle d'Espagne (1868) ; Léon XIII l'offrit à la reine Marie-Christine d'Espagne (1886), à l'impératrice Isabelle du Brésil (1888), à la reine Marie-Amélie du Portugal (1892) et à la reine Marie-Henriette des Belges (1893) ; Pie XI l'offrit à la reine Victoire d'Espagne (1923)[11], à la reine Elisabeth des Belges (1925)[12] et à la reine Hélène d'Italie (1937)[13].

« Depuis longtemps, la cérémonie se fait dans la salle des parements. Après les prières marquées dans le rituel, le Saint-Père oint la rose avec du baume, et place au centre, où se trouve un tout petit godet, fermé avec une grille d'or, un peu de ce baume avec du musc ; il l'asperge d'eau bénite, I'encense, et la remet au dernier clerc de la chambre. Nous le vîmes arriver, précèdant le pape et portant à la main la précieuse fleur, qui fut placée au milieu de l'autel sur un riche voile de soie brodé d'or. Après la messe, elle fut emportée avec la même cérémonie, et déposée au Vatican jusqu'au jour où le Père commun daigne en gratifier quelqu'une de ses nobles et pieuses filles. »

Comme Pie X et Benoît XV, Pie XII, Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul I° et Jean-Paul II n'ont honoré aucune reine de la rose d'or.

Il est arrivé que la rose d'or fût offerte à une église ou à un sanctuaire : Innocent IV l'offrit au chapitre Saint-Just de Lyon[14], Pie VII l'offrit au pèlerinage italien de Galloro (1820)[15], Pie IX l'offrit à Notre-Dame de Lourdes (1877), Pie XII l'offrit à la cathédrale de Goa où se trouve le tombeau de saint François-Xavier.

(1953)[16], Paul VI l'offrit à Notre-Dame de Fatima (1965). Pie VIII offrit la rose d'or à l'église de Cingoli (près d'Ancône), son pays natal, comme l'avait fait Pie II pour Sienne près d'où il était né[17] ; Grégoire XVI, natif de Vénitie[18], l'offrit à la basilique Saint-Marc de Venise (1833). Sixte IV n'avait pas offert une rose d'or mais, pour rappeler ses armes, un rameau de chène en or à la cathédrale Savonne[19] (1471). La sacristie du pape conserve une rose d'or avec la liste des bénéficiaires.



Le pape, au dimanche de Lætare, bénissait aussi une clef d'or où était fondue un peu de limaille des chaînes de saint Pierre, qu'il envoyait comme relique du Prince des Apôtres.

Les fiancés qui se devaient marier après Pâques, étaient bénis au dimanche de Lætare, ainsi que les oriflammes et les bannières. Enfin, quand l'occasion se présentait, on sacrait ou couronnait les princes chrétiens ; si aucun des rois de France n'eut ce privilège, en bénéficièrent les reines Eléonore d'Autriche[20] et Elisabeth d'Autriche[21].

Le dimanche de Lætare, depuis la terrible épidémie de peste de 1522, les confréries romaines[22] en procession pénitentielle, depuis la basilique des Saints XII Apôtres auprès du crucifix miraculeux de l'église San Marcello al Corso[23]. Précédées de leurs insignes, s'avancent, dans leur costume propre, les archiconfréries de Sainte-Anne-des-Palefreniers du Vatican, de Sainte-Marie Odigitria des Siciliens, de Sainte-Marie dell'Orto du Transtévère, du Saint-Crucifix de Saint-Marcel, de la Trinité des Pèlerins, du Saint-Sacrement de Saint-Pierre-au-Vatican, de Saint-Joseph-des-charpentiers, de Saint-Eloi des Ferrarais, de Saint-Jean-Baptiste des Génois, du Sacré-C½ur-de-Ponte-Mammolo, et bien d'autres encore.

Utilisée au troisième dimanche de l'Avent (Gaudete) et au quatrième dimanche du Carême (Lætare), la couleur rose, couleur de l'aurore, marque, au milieu de ces temps de pénitence, une pause où l'Eglise vise à mieux faire entrevoir la joie qu'elle prépare (Noël ou Pâques), à donner courage pour les dernières étapes à parcourir et à rendre grâce pour les ½uvres déjà accomplies. Jadis, où l'on était plus attentif qu'aujourd'hui à conformer l'environnement du culte à l'esprit de la liturgie célébrée, on pouvait, ces dimanches-là, contrairement aux autres dimanches de l'Avent et du Carême, parer l'autel de fleurs, sonner toutes les cloches et toucher les orgues alors que les diacres et les sous-diacres prenaient la tunique et dalmatique qu'ils avaient abandonnées au début de l'Avent ou du Carême.



La couleur rose emprunte sa signification au rouge, symbole de l'amour divin, et au blanc, symbole de la sagesse divine, dont la combinaison signifie l'amour de l'homme régénéré par la pénitence pour la sagesse divine reçue dans la Révélation. « Couleur agréable, odeur réconfortante, aspect qui donne la joie.[24] » Cest moins la fleur qui inspire le symboliste que la rosée, l'eau tombée du ciel, regardée par les Juifs comme un signe de bénédiction. Les vents de la mer, soufflant de l'Ouest, apportent vers la Palestine un air humide qui, dans les nuits d'août à octobre où il ne pleut pas, permet la croissance des végétaux ; la rosée est donc un symbole de prospérité et un signe de bénédiction ainsi qu'en témoigne souvent l'Ancien Testament : « Que Dieu te donne avec la rosée du ciel et de gras terroirs, abondance de froment et de vin nouveau » (Genèse XXVII 28) ; « Béni de Yahvé, son Pays ! A lui le don exquis du ciel en haut (rosée) et de l'abîme qui s'étale en bas (sources) » (Deutéronome XXXIII 13) ; « C'est comme le rosée de l'Hermon qui descend sur les montagnes de Sion, car c'est là que Yahvé a établi la bénédiction, la vie à jamais » (Psaume CXXXIII 3) ; « Je serai comme la rosée pour Israël, il fleurira comme le lys, il enfoncera ses racines comme le peuplier » (Osée XIV 6). En revanche, l'absence de rosée est un signe de châtiment comme on peut le voir, par exemple, chez le prophète Agée (I 8-10) : « Réfléchissez sur votre sort : vous attendiez beaucoup et il n'y a eu que peu. Et ce que vous avez ramené à la maison, j'ai soufflé dessus ! A cause de quoi ? - oracle de Yahvé des armées - à cause de ma maison qui, elle, est en ruine, alors que vous courez chacun pour sa maison. Voilà pourquoi le ciel a retenu la rosée, et la terre a retenu sa récolte. »

La rosée est aussi le symbole de la Parole divine reçue par les fidèles qui, s'ils s'y conforment, leur communique la sagesse et leur ouvre le salut par les voies de la justice : « Que ma parole s'épande comme la rosée » (Deutéronome XXII 2) ; ainsi, pendant tout le temps de l'Avent, nous avons chanté : « Rorate cæli de super et nubes pluant justum ! » (Cieux, versez votre rosée et que les nuées fassent pleuvoir le juste !)

Le chevalier Morini qui, sous Grégoire XVI (1831-1846), fut un des officiers de la cour pontificale, écrivait, dans le « Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica » que la couleur rose est considérée comme tenant le milieu entre le pourpre et le violet ; figurant la joie que l'Eglise ressent aux approches de Noël et de Pâques, parce que la rose a trois propriétés : l'odeur, la couleur et le goût, que l'on peut considérer comme représentant la charité, la joie et la satiété spirituelle qui sont la figure du Christ, ainsi, saint Bède le Vénérable dit qu'au VII° siècle, le tombeau du Christ était peint d'une couleur mélangée de blanc et de rouge[25].



Textes liturgiques © AELF, Paris


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[1] On l'appelait encore : in vicesima, du vingtième jour, ou mediana, mi-carême, parce qu'il est au milieu du Carême.

[2] Le terme mozarabe désignait, en Espagne, le chrétien qui vivait sous la domination arabe ; il vient de mohaide qui signifie tributaire, les chrétiens devant payer un tribut pour pouvoir pratiquer leur religion. L'Espagne, restée longtemps en dehors de l'influence romaine, connaissait un rite particulier, déjà constitué avant l'invasion des Wisigoths ; après la libération de Tolède par Alphonse VI de Castille (1085), les mozarabes obtinrent le privilège de conserver l'ancien rite espagnol que Grégoire VII avait fait abolir pour le reste de l'Espagne par le concile de Burgos (1080).

[3] A lire la bulle que Léon IX adressa, en 1049, à l'abbesse de Sainte-Croix de Woffenheim (Alsace), on peut en déduire que la coutume était déjà établie : le pape exempte son abbaye de la juridiction de l'évêque à la condition que, chaque année, huit jours avant le dimanche de Lætare, elle fasse parvenir au Siège apostolique une rose en or pur (ou son équivalent) de deux onces.

[4] En 1177, Alexandre III célèbra cette cérémonie dans la basilique Saint-Marc de Venise.

[5] Guilaume Durant, né à Puimisson (Hérault) en 1231, juriste formé à Bologne, fut chanoine de Narbonne et de Beauvais, doyan de la cathédrale de Chartres (1279), chapelain pontifical, auditeur général des causes apostoliques puis recteur et capitaine général dans le patrimoine de Saint-Pierre. Elu évêque de Mende (1285), il mourut à Rome le 1° novembre 1296 et fut enterré dans l'église S. Maria della Minerva. Il écrivit des ½uvres canoniques : le Speculum juris (1276), le Breviarum aureum (1279), un commentaire des constitution du concile de Lyon (1274) et des instructions et constitutions synodales auxquelles il travaillait encore lorsqu'il mourut et des ½uvres liturgiques : un Rationale divinorum officiorum (1286) et un Pontifical (1295).

[6] A l'entrée du golfe de Corinthe, la flotte chrétienne fournie par le Saint-Siège, l'Espagne, Venise, la Savoie, Mantoue, Ferrare, Gênes et Lucques, sous le commandement de don Juan d'Autriche, a écrasé la flotte turque d'Ali Pacha (7 octobre 1571).

[7] En 1112, par le mariage de Douce de Provence avec Raymond-Bérenger, la Provence passa dans la maison des comtes de Barcelone qui durent céder la partie septentrionale (le marquisat de Provence) au comte de Toulouse (1125). La Provence passa à la maison d'Anjou par le mariage de Béatrix, fille de Raymond-Bérenger IV, avec Charles d'Anjou, frère de saint Louis (1245) ; Charles d'Anjou finit par récupérer toute la Provence, sauf le Comta Venaissin qui fut donné au pape ; en 1481, Charles du Maine, héritier du roi René, céda à Louis XI la Provence qui fut réunie au domaine sous Charles VIII (1487).

[8] Cette rose d'or pèse trois cent cinq grammes d'or fin et mesure soixante centimètres de hauteur ; à la base sont placées les armes des comtes de Nidau, de la famille des princes de Neufchâtel.

[9] Près de quatre kilogrammes d'or.

[10] L'impératrice Eugénie reçut la rose d'or à l'occasion de la naissance du Prince Impérial (23 mars 1856) dont Pie IX accepta d'être le parrain ; en 1918, l'Impératrice offrit sa rose d'or à l'abbaye bénédictine anglaise de Farnborough où elle est inhumée avec Napoléon III et le Prince Impérial.

[11] La rose d'or fut remise à la reine d'Espagne par le cardinal Tedeschini qui dit : « Recevez-la, ma Chère Fille, vous qui dans le siècle êtes noble, puissante et ornée de beaucoup de vertu, afin que vous vous ennoblissiez davantage de toutes les vertus de Notre Seigneur Jésus-Christ comme une rose qui fleurit au bord des eaux courantes. »

[12] A vrai dire, cette rose d'or, adressée au roi et à la reine des Belges pour la célébration du vingt-cinquième anniversaire de leur mariage, fut bénie par Pie XI le troisième dimanche de l'Avent (dimanche de Gaudete) ; dans un vase d'argent doré, pesant trois kilogrammes et demi, il s'agit d'un rosier d'or, de dix-neuf fleurs ou bouton et de deux cent quatre-vingt-dix feuilles, pesant un kilogramme.

[13] Pie XI offrit cette rose d'or à la reine Hélène d'Italie pour le quarantième anniversaire de son mariage. Fille du roi Nicolas I° du Monténégro (1841-1921), la princesse Hélène Petrovitch Niegoch, née à Cettigné le 8 janvier 1873, filleule du tsar Alexandre III, fit ses études à Saint-Petersbourg. Elle épousa Victor-Emmanuel de Savoie (24 octobre 1896), prince de Naples, qui devint le roi Victor-Emmanuel III d'Italie, après l'assassinat de son père, Humbert I°, par un anarchiste (29 juillet 1900) ; il porta les titres d'empereur d'Ethiopie (1936) et de roi d'Albanie (1939). La reine Hélène mourut à Montpellier le 28 novembre 1952. En raison de ses très grandes charités, Pie XI lui décerna la rose d'or (7 mars 1937) qu'il lui remit en la chapelle Pauline du Quirinal (5 avril 1937).

[14] Il existe, dans la Bibliothèque vaticane, une gravure du XVIII° siècle qui représente cette rose d'or offerte au chapitre Saint-Just de Lyon.

[15] Sainte-Marie de Galloro est un lieu de pèlerinage situé sur une colline du Latium, à un kilomètre d'Arricia. Le sanctuaire doit son origine à une image de la Vierge peinte sur un rocher qui, perdue dans les taillis, fut redécouverte par un enfant en 1621.

[16] Pie XII procéda à la bénédiction de cette rose d'or le 30 août 1953 : « Avec un vif plaisir, Nous voyons cette assistance de choix à l'austère cérémonie à laquelle Nous allons procéder et qui consacre la disrinction extraordinaire que le Saint-Siège apostolique veut donner à la cathédrale de la noble ville de Goa pour être conservée au sanctuaire du Bon Jésus et par elle à la nation si fidèle. Ce n'est pas la première fois qu'un si grand honneur revient au Potugal. Il suffirait de rappeler la rose d'or que Notre grand prédécesseur Léon XIII envoya en 1892 à la regrétée reine Amélie ; et avant celle-ci la rose d'or accordée à l'église Saint-Antoine-des-Portugais, une des deux églises qui, dans la ville de Rome, partagent cette gloire avec les grandes basiliques. Mais, à présent, Nous évoquons particulièrement la rose d'or que le grand pape Léon X envoya deux fois à Don Manuel I° pour ses insignes services rendus à la cause de la foi avec l'heureuse épopée de l'Orient laquelle a préparé le terrain et fourni les moyens qui rendirent possible le merveilleux apostolat de saint François-Xavier qui fut à son tour le meilleur représentant et le plus prodigieux réalisateur de la vocation missionnaire du Portugal. Aujourd'hui, comme pour couronner les grandes célébrations commémoratives du IV° centenaire de la mort du grand Apôtre et de son immortel apostolat, Nous sommes heureux, en accordant la rose d'or à l'église monumentale qui conserve ses dépouilles, de renouveler le geste de notre grand prédécesseur. Nous reconnaissons ainsi de multiples mérites pour la cause de la foi et Nous déclatons également avec un accent de certitude que l'action missionnaire continuera toujours plus ample et plus active comme nous l'assure la présence de tant de missionnaires des deux sexes. »

[17] Pie II était né à Corsignano où il construisit la ville de Pienza.

[18] Grégoire XVI était né à Bellune en Vénitie.

[19] Sixte IV était né à Celle, près de Savone.

[20] Eléonore d'Autriche (1498-1558), infante d'Espagne et reine douairière de Portugal, s½ur de Charles-Quint et deuxième femme de François I°, fut sacrée et couronnée le 5 mars 1531.

[21] Elisabeth d'Autriche (1554-1592), archiduchesse d'Autriche, fille de l'empereur Maximilien II, femme de Charles IX, fut sacrée et couronnée le 25 mars 1571.

[22] La première Confrérie romaine, celle du Gonfalon, a été créée en 1264 et depuis, au cours des siècles, ces pieuses associations ont fondé plus de quarante hôpitaux.

[23] Le Saint-Crucifix de Saint-Marcel est un ouvrage du XV° siècle qui a été retrouvé intact après l'incendie et l'écroulement de l'ancienne église (1519) ; il est pour les Romains l'objet d'un culte particulier. L'église Saint-Marcel, fut élevée sur les écuries de l'ancienne poste impériale où le pape Marcel (IV° siècle) avait été condamné aux travaux forcés.

[24] Ordo Romanus XIV 81.

[25] Saint Bède le Vénérable : « Histoire de l'Angleterre », V 16.
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# Posté le vendredi 24 mars 2006 13:00

Les Rameaux

Les Rameaux
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ORIGINE ET HISTOIRE DU DIMANCHE DES RAMEAUX



Un homme va mourir. Il faudrait pleurer. Mais la foule est en liesse et Jésus ne repousse pas sa joie.

Que faut-il comprendre ?

Que valent cet enthousiasme, ces acclamations ? Ne savons-nous pas qu'incessamment, la situation va basculer ? De l'accueil au rejet, de la reconnaissance à l'abandon, quelques jours suffiront pour que Jésus perde tout : son honneur et sa dignité, ses frères et ses amis. Le triomphe du prophète, sa crédibilité, sa liberté physique, sa santé sont précaires et menacés.

Comme les pharisiens, mais pour une autre raison, celle de notre lucidité, nous serions tentés de fustiger l'exubérance des gens. De quelle victoire peut-on parler quand déjà le soir tombe et que la violence va se déchaîner ? L'heure est-elle à fête et à la joie ?

Et pourtant, Jésus s'y associe tout entier. Il refuse de la réprimer .

La liturgie juxtapose le triomphe des Rameaux et la lecture de la Passion. L'échec suit le succès, la peine recouvre la joie.

Du haut de son petit âne, Jésus nous provoque. A quoi ? Jésus nous provoque à entrer dans la joie, à entrer dans l'ironie du moment, non pas pour amoindrir sa gravité, son poids, sa profondeur...mais pour en percevoir peut-être l'enjeu.

La foule acclame son messie. Mais Jésus répond et ne répond pas. Il est bien le fils de David, il vient au nom du Seigneur, il accomplit la prophétie. Mais il est juché sur un âne : il choisit l'impuissance pour manifester la paradoxale toute-puissance de Dieu.

C'est limpide et pourtant, il y a méprise. Aux Rameaux, Jésus est le Seigneur mais il est le Seigneur des pauvres et par là le Seigneur de tous : de ceux qui n'auront pas le panache de rester forts dans l'adversité, de ceux qui déserteront quand viendra l'extrême souffrance, de ceux qui douteront toujours un peu, mais pas assez pour renoncer à croire. Il est le Seigneur de ceux qui restent les yeux rivés sur leurs petits bonheurs.

Il accepte d'être leur Seigneur ! Et pour lui, cette joie enfantine des Rameaux n'est pas condamnable. Il accueille et il bénit la joie des enfants et des petits.

Cette joie des Rameaux est la nôtre lorsque, pauvres avec les pauvres, nous mendions auprès de Jésus nos bonheurs, petits ou grands, légitimes ou non. Lorsque nous mendions auprès de Lui parce que nous croyons qu'il entre en nos désirs même les plus inavouables, les plus fous, les plus risqués, les plus honteux peut-être, les plus ridicules parfois. Il entre dans la foule de nos faux problèmes, de nos bonheurs qui n'en sont pas, de nos illusions chéries.

Jésus suit le chemin que nous lui traçons avec nos palmes et nos manteaux. Le chemin des succès dont nous rêvons. Il assume ce chemin qui conduit à l'impasse dans la fosse commune des illusions perdues. Il assume ce chemin comme il assume notre pauvre joie, pour l'accomplir et le traverser, le sauver, en faire un véritable chemin triomphal, modeste comme le petit âne choisi, mais souverain.

La joie des Rameaux, la voilà : C'est la joie des pauvres. L'inquiétude les rend créatifs, créateurs de joie. C'est la joie de la foi, celle de l'espérance accomplie. La foule prend le risque d'être déçue, elle s'expose au Christ, elle se confie à lui. Elle est prête à croire en lui. Et, même s'il prévoit la désillusion, Jésus la lui permet. Il l'accompagnera aussi au-delà de la désillusion, au-delà du désespoir.

L'Eglise d'aujourd'hui a-t-elle encore cette audace ? L'audace de se 'tromper' avec les pauvres ? De se réjouir dans une fête prématurée du côté des pauvres et des humiliés, à la barbe de tous les pouvoirs ?

Le triomphe est fragile, la victoire menacée. Elle est en attente, en suspens. L'issue ne dépend pas de nous. La grande transformation du monde, selon le désir de Dieu, ne dépend pas de notre force, de notre effort, ni même de notre conversion. Elle est gratuite, attendue, à recevoir.

Nos attentes sont infantiles, nous cherchons de fausses solutions, des placebos, des antalgiques, un peu d'opium, pour combler le vide de nos vies. A nos problèmes immédiats, Jésus n'a pas la solution, il n'est pas la solution. Jésus répond et ne répond pas. Mais il assume nos espoirs. Au c½ur de notre errance, il est présent.

La disparition du Messie va plonger ses partisans dans le doute profond, celui qui lamine l'intelligence et fait défaillir le c½ur. Ils vivront l'absence et le silence de la mort, la domination de l'absurde et du mensonge, le pire des malentendus.

Mais où donc le Christ pourrait-il nous rejoindre si ce n'est sur le chemin de nos illusions ? Ceux qui n'espèrent rien ne cherchent rien. Ils ne voient que l'âne et pas le salut qui est dessus. Seuls ceux qui espèrent peuvent être déçus. Seuls ceux qui se sont trompés dans une espérance humaine peuvent rencontrer le Christ en relisant l'histoire de leur malheur, comme les disciples sur le chemin d'Emmaüs

Jésus accueille la joie des pauvres, sans la réprimer. Il entre dans leur espérance sans la démentir. Il nous confirme comme êtres de désir. La joie qui est la nôtre, nul ne pourra nous la ravir : qui donc pourrait nous séparer de Lui ?

Dans la discrétion du matin de Pâques, dans l'explosion silencieuse de la vie, répondra pour toujours tout ce qu'il y a de vivant en nous, timide ou fort, tordu ou bien droit. Ce ne sera plus jamais un silence qui répondra au silence. A nos doutes, à nos attentes terriblement humaines et vaines aussi parfois, à tous nos besoins insatisfaits, Jésus ouvre un chemin. Il les libère tous, en ne les niant pas : il nous rend forts de notre faiblesse en la prenant sur lui.

En entrant à Jérusalem, il nous rend à la joie, la joie d'êtres sauvés.

Alors les pauvres crient à la face du Seigneur, car Il vient.

Il épouse leur joie, Il épouse notre joie : Son amour est plus fort que tout.
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# Posté le lundi 03 avril 2006 18:44

La Semaine Sainte

La Semaine Sainte
LA SEMAINE SAINTE ET PÂQUES
Six jours avant la Pâque, Jésus se rend à Béthanie, où demeure Lazare, celui que Jésus avait ressuscité des morts. On donne un repas en son honneur ; Marthe sert, et Lazare prend le repas avec Jésus, les Apôtres et d'autres invités.

Au cours du repas, Marie-Madeleine prend un vase rempli d'un précieux parfum et en verse sur les pieds de Jésus ; elle les baise, les essuie avec ses longs cheveux alors que l'odeur suave se répand dans la maison. Judas qui est présent dit : «Pourquoi gaspiller ce parfum? On aurait pu le vendre pour en donner l'argent aux pauvres?!» Jésus lui répond : «Laisse-la. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours.»

Après le repas, Jésus se dirige vers Jérusalem avec ses Apôtres. Il leur donne alors ses instructions pour les préparatifs du repas de la Pâque, et envoie deux de ses disciples au village voisin, chercher une ânesse et son ânon. Revenant vers leur Maître, les disciples les recouvrent de leurs vêtements et ils font asseoir Jésus. Alors le peuple étend ses vêtements sur le chemin ; on coupe des branches aux arbres et on en recouvre la route. Et toute la foule rassemblée s'écrie : «Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux!»

* Pourquoi selon toi, la dernière semaine du Carême est-elle appelée «Semaine Sainte»? Elle est appelée ainsi parce que nous célébrons le souvenir des plus grands Mystères accomplis par Jésus-Christ, pour notre Rédemption.

* Quel Mystère nous rappelle le Dimanche des Rameaux? Le Dimanche des Rameaux ou de la Passion nous rappelle l'entrée triomphante que Jésus fit à Jérusalem, six jours avant sa Passion.

De plus, la liturgie de ce Dimanche nous rappelle les événements dramatiques de la fin de la vie publique de Jésus, de Sa Passion, de Sa Mort sur la Croix et de Sa mise au tombeau. C'est ce que nous lisons dans l'Évangile du Dimanche des Rameaux, et c'est ce que nous relirons lors de l'Office du Vendredi Saint. Événements dramatiques, oui!, par toutes les sortes de souffrances que Jésus a endurées pour nous... ; événements si sublimes aussi, de par l'Amour ineffable de Son divin Coeur.

LE JEUDI SAINT
Le Jeudi Saint est le jour béni où Jésus institue le Sacrement de l'Eucharistie lors de la Dernière Cène. C'est le «Discours de Jésus au Cénacle» que nous pouvons lire et méditer longuement dans les chapitres 13 à 17 de l'Évangile de saint Jean. C'est aussi la trahison de Jésus, par un de Ses Apôtres, et le reniement de Pierre.

C'est aussi en ce jour qu'il endure pour toi, pour moi, pour toute l'humanité, les terribles souffrances de l'Agonie. Jésus est là, au Jardin des Oliviers ; Il demande à ses trois Disciples de veiller avec Lui, mais eux, s'endorment ; Il reste donc seul...

Il voit tous les péchés des hommes qu'Il vient racheter... Il est consolé lorsqu'Il voit que son Précieux Sang sera Source de grâces pour les âmes... par contre, et dans une grande douleur, Il voit aussi les âmes pour qui son Sang sera versé inutilement, à cause de la dureté de leur coeur...

L'Agonie de Jésus est un Mystère de souffrance, d'amour, d'abandon du Père qui doit voir en Son Fils Bien-Aimé, la Victime offerte pour nous racheter... Jésus souffre tellement, que le sang perle de sa peau, et tombe pour purifier la terre...

C'est en regardant Jésus dans ce Mystère, avec beaucoup d'amour, que nous apprenons à regretter sincèrement nos péchés et nos manquements. Il est assuré que si nous prenons l'habitude de regarder Jésus à l'Agonie, avant notre examen de conscience, notre vie intérieure ne sera plus la même parce que nous penserons que notre salut a coûté le Sang de notre Jésus...

* Pourquoi, le Jeudi Saint, dépouillons-nous l'autel après la Messe? Nous dépouillons l'autel pour nous représenter Jésus dépouillé de Ses habits pour être flagellé et attaché à la Croix. Rappelons-nous que l'autel représente le Christ Jésus, comme nous l'avons mentionné dans la leçon sur «La Messe #3". Nous revivons, dans nos églises, près de 2000 ans plus tard, la Réalité du Mystère de la Cène et de la Croix.

* Que signifie le «lavement des pieds» le Jeudi Saint? Les Prêtres font le «lavement des pieds» :

- pour nous rappeler que Jésus, qui s'est abaissé en lavant les pieds de Ses Apôtres, est venu pour servir et non pour être servi, et que nous devons faire ainsi, les uns envers les autres ;
- parce que Lui-même a enseigné à ses Apôtres et à tous les fidèles à imiter son exemple ;
- pour nous enseigner aussi que nous devons purifier notre coeur de toute souillure avant les Fêtes Pascales, et exercer les uns envers les autres, les devoirs de charité et d'humilité chrétienne.

* Pourquoi visitons-nous le Très Saint-Sacrement le Jeudi Saint? Nous visitons le Très Saint-Sacrement en souvenir des douleurs endurées par Jésus en plusieurs lieux, comme au jardin des Oliviers, chez Caïphe, chez Pilate, chez Hérode et sur le Calvaire.

* Dans quel esprit faisons-nous l'adoration du Jeudi Saint? Il nous est grandement recommandé de faire l'adoration du Jeudi Saint avec une sincère contrition de nos péchés, car ils sont la véritable cause de la Passion et de la Mort de Jésus, notre Rédempteur.

Nous Lui exprimons aussi toute notre reconnaissance pour le Sacrement de l'Eucharistie qu'Il vient d'instituer, et qui nous Le rend bien présent, à chacune des Messes qui se célèbrent dans le monde depuis ce jour, jusqu'à la consommation des siècles, car Il nous a assuré Sa présence.

À cela, ajoutons nos vifs sentiments de compassion pour les peines de Jésus, en méditant sur ses nombreuses et douloureuses souffrances endurées au Jardin des Oliviers ; de son angoisse profonde lorsque son Père Lui présente le Calice d'amertume ; de l'abandon de ses Disciples qui ne peuvent veiller une heure avec Lui, alors qu'Il a tellement besoin de soutien et de réconfort ; sur ce qu'Il souffre au prétoire de Pilate ; etc...

LE VENDREDI SAINT
Après l'arrestation de Jésus, la cohorte de soldats conduit d'abord Jésus chez Anne, beau-père de Caïphe, qui est grand-prêtre cette année-là. Puis on emmène Jésus chez Caïphe, qui est Juif lui-aussi, et qui L'interroge, non par souci de vérité, mais plutôt pour Le livrer à la mort. Jésus, dans la même nuit du Jeudi au Vendredi, est ensuite conduit au prétoire, chez Pilate, puis chez Hérode et de nouveau chez Pilate qui le fait cruellement flageller...

Non satisfaits de leur cruauté, les soldats lui tressent une couronne d'épines qu'ils Lui enfoncent brutalement sur la tête... ce sont de nouvelles blessures qui Lui sont infligées, et le Sang d'un Dieu coule encore... Ils Le frappent : ils Lui crachent au visage ; ils Le font beaucoup souffrir... L'Amour de Jésus endure tout pour nous, pauvres pécheurs qu'Il aime...

Lorsque les soldats ramènent Jésus à Pilate après tant de mauvais traitements - Jésus est si défiguré et si faible -, Pilate cherche à Le relâcher car il sait bien qu'Il est innocent, mais par peur de la foule qui préfère que Barabbas soit relâché, il ordonne alors que Jésus soit crucifié...

Quelle lourde responsabilité, et surtout, quelle terrible conséquence à cause de la lâcheté de Pilate!... Un Innocent, le Fils de Dieu, est mis à mort...

C'est donc le dur «Chemin de la Croix» qui commence pour Jésus et dont nous connaissons bien les différentes Stations pour les avoir souvent méditées... Pensons aussi à la Douleur et à l'Amour de Marie, Sa Mère... Elle porte le nom de Notre-Dame des Douleurs, et ce n'est pas pour rien...

Elle suit son Fils, Jésus, jusqu'au Calvaire, Le soutenant de sa prière et de sa Foi profonde. Elle est présente lors du crucifiement... Elle recueille le «Testament d'Amour» que Jésus donne avant de mourir, en lui disant : «Femme, voici Ton Fils» ; et ensuite, Il s'adresse à Jean, le Disciple Bien-aimé, en disant : «Voici ta Mère.»...

Et l'Évangile nous dit qu'à partir de cette heure-là, le Disciple La prit chez lui.

En la personne de Jean, c'est chacun de nous qui était présent pour recevoir cet «héritage» de Jésus, d'où l'importance pour nous, de faire comme le «Disciple Bien-Aimé du Seigneur» et de prendre Marie chez nous!

Puis Jésus meurt sur la Croix après trois longues heures d'agonie... Tout est fini!...

Au pied de la Croix, il y a Marie et Jean, Marie-Madeleine et quelques femmes... Les autres Apôtres sont dispersés à cause de la peur...

Ils se rassembleront à nouveau au Cénacle, tout craintifs et tremblants, et Marie les soutiendra par Son Amour maternel car Elle sait que, par le Sacrifice de Son Fils, est née l'Église dont Elle est la Mère...

* Pourquoi, le Vendredi Saint, l'Église prie-t-elle d'une façon particulière à la Prière universelle, pour toutes les personnes, et tout spécialement pour les païens et les Juifs? C'est afin de montrer que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes et pour demander, en faveur de tous, les fruits de Sa Passion et de Sa glorieuse Résurrection.

* Pourquoi vénérons-nous la Sainte Croix le Vendredi Saint? Nous vénérons la Sainte Croix, parce que c'est sur la Croix que Jésus a été crucifié, qu'Il a souffert et qu'Il est mort ce jour-là, pour nos péchés, pour ceux de toute la multitude d'âmes passées, présentes et à venir, et qu'Il L'a sanctifiée par Son Sang.

LE SAMEDI SAINT
D'après la coutume juive, les condamnés qui avaient été exécutés devaient être ensevelis immédiatement. Le Vendredi, après la mort de Jésus, et après que le soldat Lui eut transpercé le côté droit d'un coup de lance, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret, par crainte des Juifs, est allé demander à Pilate le Corps de Jésus, pour l'ensevelir avec des aromates, selon la coutume juive. Il était accompagné de Nicodème qui connaissait et qui aimait aussi Jésus. Ils étaient donc allés, la veille, pour ensevelir son Corps.

Pilate, ayant peur que les Disciples de Jésus viennent voler son Corps, avait mis une bonne garde de soldats devant le tombeau qu'il avait fait sceller, pour plus de sécurité...

Nous en sommes donc au lendemain du drame de la Mort de Jésus ; les Apôtres, craintifs, et les Disciples se regroupent peu à peu autour de Marie et de Jean au Cénacle... Leur coeur, loin d'être fier, est lourd de peine, de peur et de douleur : ils ne verront plus leur Maître... Ils n'ont pas su être à la hauteur, leur courage a flanché, et leur Foi est fortement ébranlé... Ils ne comprennent plus rien aux paroles et aux enseignements de leur Maître... Des vagues de doutes intérieurs les submergent et ils pensent réellement que tout est fini...

* Quelles sont les principales cérémonies du Samedi Saint? Parmi les cérémonies du Samedi Saint, les principales sont : la bénédiction du cierge pascal, et la bénédiction des fonts baptismaux.

* Que signifie le cierge pascal? Il signifie la splendeur et la gloire que Jésus-Ressuscité a apportées au monde.

PÂQUES
Nous pourrions méditer encore longuement sur les événements de la Semaine Sainte car nous n'avons qu'effleuré le sujet. Plus nous méditerons ces événements en notre coeur, à la Lumière de l'Évangile et de la Tradition, plus nous comprendrons quel Amour nous a sauvés et quel Sang nous a rachetés...

La mission de Jésus ne s'arrête pas aux Mystères douloureux et lumineux de Sa Passion. Il y a les jours Glorieux de Sa Résurrection! Quel événement! La Victoire de la Vie sur la Mort et sur le péché!

La Résurrection de Jésus demeure un profond Mystère pour notre foi ; Satan n'a pas eu le dernier mot : désormais, Jésus est notre Vie! Au tombeau où l'on avait déposé Jésus, voilà que la pierre a été roulée... Dès l'aube, Marie-Madeleine rencontre un Ange qui lui dit : «Il est Vivant! Il est vraiment ressuscité! Ne cherchez plus parmi les morts Celui qui est Vivant!». Et, c'est en toute hâte qu'elle va annoncer cette «Bonne Nouvelle» aux Apôtres qui iront, eux-aussi, constater ce grand Miracle!

Marie, la Mère de Jésus, qui a toujours gardé l'espérance en la Résurrection de Son Fils, peut donc nous aider à nous tourner vers Lui, Le Vivant. Elle nous apprend à accueillir la Résurrection de Jésus comme la «Bonne Nouvelle» de toute notre existence. Unis avec Elle, nous avons cette joyeuse espérance dans la Promesse de Jésus qui nous a promis d'envoyer l'Esprit Saint.

Dieu nous aime! Marie nous aime! Nous sommes «Enfants de Dieu»! Ah! Puissions-nous découvrir de plus en plus la beauté de cet Amour ineffable et de toutes les Grâces extraordinaires que Jésus nous a mérités dans tout le Mystère de Sa Rédemption!

* Quel Mystère célébrons-nous en la Solennité de Pâques? Nous célébrons le Mystère de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par conséquent, Sa nouvelle Vie glorieuse et immortelle.

* Pourquoi la Fête de Pâques est-elle célébrée par l'Église avec tant de solennité, d'allégresse et de continuité pendant tout l'octave? C'est à cause de l'importance de ce Mystère qui est le complément de notre Rédemption, et qui est le fondement même de notre religion.

* Puisque Jésus-Christ nous a rachetés par Sa mort, comment Sa Résurrection est- elle le complément de notre Rédemption? Par Sa mort, Jésus-Christ nous a délivrés du péché et nous a réconciliés avec Dieu ; puis, par Sa Résurrection, Il nous a ouvert le Ciel et nous a donné l'accès à la Vie éternelle.

* D'où est venu le nom de Pâques qu'on donne à la Fête de la Résurrection de Jésus-Christ? Le nom de Pâques est venu d'une des fêtes les plus solennelles de l'ancienne loi : les Hébreux célébraient cette fête avec beaucoup de cérémonies, mais surtout en sacrifiant et en mangeant un agneau ; maintenant nous la célébrons surtout en recevant, dans l'Eucharistie, le Véritable Agneau, immolé pour nos péchés.

* Que veut dire le mot Pâque? Pâque veut dire passage ; dans l'ancienne loi il signifie le passage de l'Ange qui, pour obliger Pharaon à laisser aller en liberté le peuple de Dieu, tua les premiers-nés de l'homme et du bétail des Égyptiens, et passa, sans les frapper de ce terrible fléau, devant les maisons des Hébreux qu'on avait marquées du sang de l'agneau sacrifié la veille.

Dans la nouvelle Loi, il signifie que Jésus-Christ est passé de la Mort à la Vie et que, par Son triomphe sur le démon, Il nous a fait passer de la mort du péché à la Vie de la Grâce.

* Que devons-nous faire pour bien célébrer la Fête de Pâques? Nous devons : «faire nos Pâques», c'est-à-dire : nous confesser et communier ; adorer avec une sainte joie et une vive reconnaissance Jésus-Ressuscité ; et ressusciter spirituellement avec Lui.
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# Posté le dimanche 09 avril 2006 13:10

La Résurrection

La Résurrection


“Jésus est ressuscité !”. Cette conviction proclamée par les chrétiens de tous les temps constitue la seule base de leur espérance. En effet, sans la résurrection du Christ, il n'y aurait aucune espérance pour les croyants. Que ceux-ci soient catholiques, protestants ou orthodoxes, tous sont unis par la foi au Christ ressuscité. Sans la résurrection du Christ, il n'y aurait aucune victoire possible sur le mal, sur la mort. C'est le fait le plus important de l'histoire. Le pasteur suisse Henri Gambini n'hésite pas à écrire que “cet événement est la clé de voûte de tout l'édifice chrétien ; c'est lui qui confirme l'½uvre de Jésus dans son entier, et qui seul permet d'expliquer la formation durable de son Eglise. Enlevez ce fait, et nos croyances sont ébranlées jusque dans leur base, et leur ruine ne peut tarder, ruine d'autant plus désastreuse que l'édifice a été imposant et colossal” (1). Emile Eldin, un autre auteur protestant, ne s'exprime pas autrement : “La résurrection de Christ est la pierre angulaire de tout l'édifice chrétien, tout croule ou tout subsiste avec elle ; sans elle, Jésus ne serait plus le Sauveur, car il aurait besoin lui-même d'un libérateur, il n'aurait pas vaincu le péché et la mort et nous n'aurions pas de garantie de sa victoire” (2).


Quant à l'authenticité de la résurrection du Sauveur, elle est prouvée par de nombreux témoignages qu'aucune critique ne saurait anéantir. A ce sujet, le théologien protestant Charles-Edouard Babut affirme que “la principale preuve de la résurrection de Jésus-Christ est fournie par le témoignage des apôtres, des évangélistes et, en général, des premiers disciples de Jésus. Ces témoins ne peuvent pas s'être fait illusion. Encore moins les témoins de la résurrection de Jésus peuvent-ils être soupçonnés de mensonge. Le caractère moral des apôtres, leur accent de conviction, les railleries et les persécutions que leur attirait la prédication d'un Messie mort et ressuscité, écartent absolument toute supposition de ce genre. Autant les témoins sont dignes de foi, autant les témoignages qu'ils ont rendus à la résurrection de Jésus, objet principal de leur foi et de leur prédication, sont clairs, explicites, unanimes sur les points essentiels” (3).


La résurrection du Christ est aussi la preuve de sa divinité et à ce propos, on trouve dans la Bible, plus précisément dans les premières lignes de la Lettre aux Romains, une citation suffisamment convaincante : “Cette Bonne Nouvelle que j'annonce, Dieu l'a promise il y a déjà bien longtemps par ses prophètes, dans les Saintes Ecritures. Elle parle de son Fils : par sa nature humaine, il descend de David, mais sa résurrection d'entre les morts a manifesté avec éclat en lui le Fils tout-puissant de Dieu, doté de la nature et de la sainteté divines” (Romains 1.2-4, Parole vivante, la Bible transcrite pour notre temps par A. Kuen). De par sa filiation divine, Jésus a pu dire : “Je suis la Résurrection et la Vie” (Jean 11.25, TOB).


Enfin, la résurrection du Christ - qui a déclaré également : “Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra” (suite du verset précédent) - est le gage de notre résurrection future. “Puisque nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, nous pouvons croire aussi que Dieu ramènera à la vie, par Jésus, ceux qui se sont déjà endormis dans la communion avec Jésus, pour être unis à lui” (1 Thessaloniciens 4.14, Parole vivante). “Il est bien certain que le Christ est ressuscité des morts, il est réellement revenu à la vie. Il s'est relevé le premier d'entre les morts, précurseur de ceux qui se réveilleront un jour de leur dernier sommeil” (1 Corinthiens 15.20, Parole vivante). A cet égard, toujours dans ce même chapitre de la Bible, l'apôtre Paul répond catégoriquement à ceux qui doutent de l'authenticité de la résurrection : “Si la résurrection du Christ constitue l'essence même de notre prédication, comment quelques-uns parmi vous peuvent-ils prétendre qu'il n'existe pas de résurrection des morts ? S'il n'y a pas de résurrection des morts, alors le Christ lui-même n'est pas ressuscité. Mais si le Christ n'est pas ressuscité, toute notre prédication devient sans objet, l'Evangile n'est plus alors que le produit d'une imagination qui tourne à vide et ne rime à rien. Dans ce cas, nous n'avons plus rien à proclamer, et vous, plus rien à croire : votre foi s'écroule, parce qu'elle n'a plus aucun fondement sur lequel s'appuyer. Si les morts ne ressuscitaient pas, nous serions même de faux témoins démentis par Dieu, puisqu'en attestant qu'il a ressuscité Christ d'entre les morts, nous nous mettrions en contradiction avec ce qu'il aurait fait en réalité. Car enfin, si les morts ne peuvent jamais revivre, Christ n'est pas non plus revenu à la vie. Et si Christ n'est pas ressuscité, votre foi est une illusion creuse et vaine” (1 Corinthiens 15.12-17, Parole vivante). Une logique implacable !


La résurrection de Jésus est le plus grand miracle du christianisme. Puisqu'elle implique la nôtre et l'avénement du Royaume de Dieu sur la terre, elle est donc (devrait être) le seul fondement de l'espérance chrétienne. A la résurrection des morts, l'espérance deviendra donc réalité. Cet événement extraordinaire marquera le début de l'éternité en présence de Dieu pour les fidèles de tous les temps. Notons en passant que le texte de l'Ecriture associe la résurrection des morts au retour de Jésus, une attente qui commandait la vie des premiers chrétiens. Qu'en est-il au début de ce troisième millénaire ? Chaque dimanche (4) à la messe, des millions de fidèles affirment invariablement leur croyance en la résurrection des morts en récitant le Credo qui “culmine en la proclamation de la résurrection des morts à la fin des temps et en la vie éternelle” (5). Pourtant, selon un sondage effectué par l'institut CSA en collaboration avec l'hebdomadaire catholique La Vie et le quotidien Le Monde (6), seulement 60 % des catholiques croient en la résurrection du Christ et, résultat encore beaucoup plus étonnant, seuls 5 % (12 % pour les pratiquants réguliers) croient à la résurrection des morts ! Pourquoi donc cette flagrante contradiction dans le témoignage des chrétiens d'aujourd'hui ? Est-ce vraiment encore l'espérance en la résurrection qui les fait courir ? Ou, ayant perdu après des siècles de christianisme formaliste le sens de cette dernière, leur “espérance” reposerait-elle désormais sur une autre base ?


Des interrogations auxquelles il n'est pas facile de répondre (7) sans dépasser les limites de notre sujet mais en guise de conclusion à cette brève réflexion sur la résurrection, laissons le dernier mot à des théologiens catholiques, un emprunt avec lequel nous sommes en plein accord : “La foi chrétienne est plus que jamais mise au défi de rendre compte devant tous les hommes de l'espérance qu'elle implique (cf. 1 Pierre 3.15). A cet effet, nous devons d'abord nous assurer du fondement de l'espérance chrétienne. Le point de départ et le fondement de l'espérance chrétienne, ce n'est pas un rêve, la projection de nos désirs ou de vaines spéculations, ce n'est pas un optimisme à bon marché, ce n'est pas une position de principe ni une confiance à priori dans le progrès, dans l'évolution ou la révolution. Dans la foi, nous pouvons dire quelque chose sur notre avenir parce que cet avenir a déjà commencé en Jésus-Christ. La conviction fondamentale et le c½ur de la foi chrétienne, c'est que Jésus est le premier homme ressuscité d'entre les morts” (8).
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# Posté le dimanche 16 avril 2006 06:54

Modifié le mardi 12 juin 2007 08:39

Le Saint Sang

Le Saint Sang
Saint Sacrement du Corps et Sang du Christ - Fête-Dieu (18/6) : Commentaire
Le coeur, heureusement, n'est pas logique. Bien qu'il sache que le Jeudi saint et la Nuit pascale sont les sommets eucharistiques par excellence, bien que chaque dimanche soit une fête du Corps du Christ - il aime célébrer encore, à peine sorti du Temps pascal, une fête de l'Eucharistie, comme s'il craignait de s'y habituer. Il rallume, il ravive.

Alors ce coeur délicieusement fou montre le Corps du Christ dans des "monstrances" où il l'expose. Il le porte dans la rue, sur les places publiques, l'entoure de fleurs, de draperies somptueuses, d'hymnes et de cantiques, ce qu'il a de plus beau.

Tant que tu peux, tu dois oser - tu ne saurais trop le louer ! Louons-le donc à pleine voix - dans l'allégresse et dans la joie. (Lauda Sion).

Volontiers le compositeur, dans une géniale synthèse, fait s'entremêler tous les thèmes majeurs, les laisse sonner tous en même temps. Puis il les reprend un par un. Après nous avoir comme jeté à la tête tous ses bijoux à la fois, il en choisit un, le fait tourner au soleil pour faire valoir toutes ses teintes, ses coloris, ses nuances, ses contrastes. Ainsi la liturgie, après la grande synthèse pascale, reprend-elle un de ses merveilleux bijoux, le plus beau, son Eucharistie. Elle le contemple avec ravissement. Laissons-nous ravir, laissons-nous émerveiller. Il faut bien vibrer un peu, faire l'apprentissage des merveilles qui nous attendent encore, célébrer l'action de grâce terrestre pour nous préparer à l'ineffable liturgie céleste.

O bon Pasteur qui nous nourris,
Conduis-nous au banquet du paradis ! (Lauda Sion)

Historique
La Fête-Dieu, comme les fêtes delà Trinité et du Sacré-Coeur, fait partie de ces célébrations à thème qui naquirent aux époques de liturgie faible.

Sa naissance s'explique par le fait que, la réception de la communion devenant plus difficile, les fidèles compensaient cette privation par la vue de l'hostie (l'élévation de l'hostie, après la consécration date de cette époque : 1200) ; on voulait aussi défendre la présence réelle contre certains doutes. Le culte de la présence eucharistique prit donc de l'importance, au détriment des aspects de sacrifice, de repas, d'assemblée. Apparurent alors les ostensoirs où l'on expose une hostie consacrée, et dont la forme portative est tantôt une demi-lune, une tourelle gothique et, à partir du baroque, un soleil. On expose le Saint Sacrement jusque pendant la messe elle-même. C'est à partir de là encore que la sainte réserve sera conservée sur l'autel, dans un tabernacle lui-même amplifié par de magnifiques retables, mais qui écrasent la table du repas. Insensiblement la liturgie eucharistique se déplace et s'appauvrit. Plus tard, la réaction anti-protestante affaiblit encore plus la liturgie de la Parole, tandis que le jansénisme étouffe la communion. Des idées justes, trop unilatéralement appuyées, avaient conduit à la mort de l'esprit liturgique. Il fallut la lente reprise de conscience, grâce au mouvement liturgique qui aboutit, avec Vatican II, à la restauration des grandes lignes de l'Eucharistie.

Sous l'influence d'une mystique, Julienne de la Rétine, la fête fut introduite a Liège (Belgique), en 1246, et placée au jeudi après la Sainte Trinité. Un confident de la moniale, devenu le pape Urbain IV, étendit la fête à toute l'Eglise, en 1264 ; extension réalisée, en fait, à partir de 1317. Saint Thomas d'Aquin composa les textes, dont la belle séquence Lauda Sion.

La Fête-Dieu devint une des fêtes les plus populaires de la chrétienté et s'enrichit assez vite d'une procession du Saint Sacrement qui fit d'ailleurs son succès. Apres un moment d'abandon, la procession du Saint Sacrement semble retrouver les faveurs, devenant le symbole de l'Eglise en marche au milieu de laquelle chemine son pasteur. Avec le souci de ce que l'on appelle l'arcane : ne pas exposer l'Eucharistie a ceux qui n'ont pas la foi ; en ce cas, une fête dans un jardin clos, un cloître... plutôt qu'une procession publique excitant la raillerie des anti.

Mais la célébration de la messe doit, à tout prix, redevenir et rester le centre de cette fête dont les textes, grâces à Dieu, mettent en relief les réalités fondamentales de la foi : la Pâque du Christ, l'Eglise assemblée autour de son Seigneur glorifié.

Première lecture : Ex 24,3-8
L'événement raconté ici fut capital et unique pour Israël : Dieu conclut une alliance avec son peuple et, selon la façon de faire de l'époque, elle est conclue dans le sang d'un sacrifice dont l'autel (signe de Dieu contractant) et le peuple (l'autre partie contractante) seront aspergés. Belle occasion de méditer sur la signification de l'autel. Il n'est pas un simple meuble, c'est un lieu de présence, il est le signe du Christ "contractant".

Dieu s'engage, Israël doit répondre.

C'est sur ce fond biblique que se comprennent mieux la nouvelle Alliance de Jésus et les mots de la Cène : "Ceci est le sang de la nouvelle Alliance". Sur la croix. Dieu s'engage jusqu'au sang et la messe est le lieu où cet engagement nous est rendu présent, où nous sommes appelés à nous engager à notre tour : oui, ces paroles, nous les mettrons en pratique.

L'événement a déjà les traits que prendra notre messe : l'assemblée et son président (Moïse), la lecture de la Parole de Dieu, le sang versé, la réponse du peuple. Le repas faisait partie du culte, bien qu'il ne soit pas explicitement mentionné ici (voir Dt 27,7).

Ce texte nous aidera à mieux comprendre la deuxième lecture qui fait constamment référence à la liturgie judaïque.

Psaume : Ps 115
Une action de grâce.

Le Christ lui-même, au milieu de son Eglise, devant tout son peuple, offre l'action de grâce et il dit à son Père : Tu as brisé les liens qui me retenaient dans le mort.

Et nous, comment ferons-nous eucharistie ? Comment te rendre grâce à toi, Seigneur pour tout le bien que tu m'as fait en Jésus, ton Fils, sinon en élevant la coupe de bénédiction, et en te présentant ce Fils qui est notre action de grâce. Par lui, avec lui, en lui.

Deuxième lecture : He 9,11-15
L'auteur, familier du culte juif, compare le sacrifice de l'Ancien Testament, lors de la fête de l'expiation, et celui de Jésus, pour affirmer la supériorité du sacrifice et du sacerdoce du Christ.

Notons les antithèses : Grand-prêtre juif / Jésus vrai grand-prêtre du bonheur à venir, médiateur d'une Alliance nouvelle. Temple de main d'homme / Corps du Christ, vrai sanctuaire. Sang d'animaux / propre sang du Christ. Pureté extérieure / purification des consciences. Efficacité limitée et donc sacrifice toujours à refaire / sacrifice unique (une fois) et libération définitive. On trouve ici toute une théologie du culte, de la messe en particulier, pendant laquelle le sacrifice de Jésus n'est pas répété (une fois !), mais rendu présent. C'est à ce don entier du Christ, corps immolé, coeur donné, que nous sommes appelés à communier : "Offrez vous vous-mêmes en sacrifice vivant... Ce sera là votre culte" (Rm 1,9 ; 1 P 2,5) Séquence

Après cette deuxième lecture, on peut chanter la séquence (ou suite chantée) dite Lauda Sion. C'est une des cinq que nous a gardées la liturgie. Petit bijou où l'auteur, saint Thomas d'Aquin, a su éviter la sécheresse d'un traité de théologie, pour nous livrer une méditation sur l'eucharistie, à la foie précise et savoureuse. "Chante, Eglise..., car le voici, le pain de l'homme en route".

Evangile : Mc 14,12-16.22-26
Il est plus que probable que la Cène de Jésus ne fut pas le repas pascal de la fête juive. On voit mal, en effet, comment les apôtres eussent pu porter des armes à Gethsémani et les femmes acheter des aromates pour la sépulture, la fête étant déjà commencée. Jésus meurt au moment des préparatifs de la fête (Jn 19,31 ; Lc 23,54). Mais les évangélistes, dont Marc, mettent le repas de Jésus en relation avec la fête des pains sans levain où l'on immolait l'agneau pascal. Parce que Jésus prend le cadre rituel de la fête pour en changer le contenu. Mais n'anticipons pas.

Les disciples lui disent : Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas (remarquez ce : ton repas) pascal ? Jésus, par une vision à distance qui manifeste sa souveraineté, désigne un homme portant une cruche d'eau, facile à repérer puisque porter l'eau revenait habituellement aux femmes. Par là même, il cache provisoirement à Judas l'endroit prévu et l'empêche ainsi de troubler le repas.

Le repas pascal lui-même comprenait, avec la manducation de l'agneau pascal, des pains sans levain, des coupes de vin, le tout au milieu de bénédictions et d'action de grâce. Ce repas rappelait la libération d'Egypte et l'alliance du Sinaï. C'était donc un "mémorial" où l'on se souvenait des bienfaits de Yahvé dont on jouissait toujours.

Jésus va maintenant changer le sens du repas rituel. C'est lui, le vrai Agneau libérateur qui va répandre son sang pour la multitude, pour toute l'humanité et non plus seulement pour Israël. C'est lui qui, sur la croix, scelle l'Alliance, la vraie, la définitive, dans son sang répandu. Le pain et le vin rituels vont en devenir le mémorial. En prenant ce repas nouveau, les disciples reçoivent le corps et le sang du Christ. Corps et sang désignent la personne elle-même. Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Réellement, non symboliquement. Non un corps inerte, mais le Christ dans son "Mystère", Jésus donné, répandu.

Ce jour-là, notre messe est née. L'eucharistie (action de grâce) chrétienne a commencé. Ce repas devient le lieu privilégié de la présence réelle du Christ dans son Eglise. A son maximum de densité. Une actualisation de ses "mystères", de tout ce qu'il avait fait pour nous, surtout de son don jusqu'à la mort. Ce repas soude la communauté dans le pain partagé et la coupe bue à la ronde (on ne buvait d'une même coupe que dans la famille).

Et nous avons banalisé ce repas ! Pourvu que ce soit vite terminé... et ne m'en demandez trop... j'assiste, je fais mon devoir. Comment ? Le Christ est là, et tu ne bouges pas ? On célèbre ta liberté, et tu restes enchaîné dans ta routine ! Tu es venu à la fête, et tu prends un air typiquement, rituellement triste, ennuyé !

"Regarde, Seigneur, cette offrande que tu as donnée toi-même à ton Eglise ; accorde à tous ceux qui vont partager ce pain et boire à cette coupe d'être rassemblés par l'Esprit Saint en un seul corps, pour qu'ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire". (Prière eucharistique IV).

La phrase un peu énigmatique : "Je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu" - traîne tristement comme un adieu : C'est la dernière fois avant ma Pâque que je partage ce repas avec vous. Elle tombe comme un rideau qui ferme l'Ancien Testament et son culte, dont le repas rituel est désormais sans signification. Mais elle s'élève aussi joyeusement comme l'annonce du repas pascal au jour de la résurrection où je boirai un vin nouveau. Repas messianique si souvent annoncé par Jésus. C'est bien le vin nouveau, le Christ ressuscité que nous recevons dans nos eucharisties. Bientôt, nous ne boirons plus de ce sacrement provisoire, nous boirons alors le vin nouveau dans l'eucharistie céleste du royaume de Dieu.

Mémorial de la passion accomplie, communion actuelle au mystère de la libération de Jésus, attente de l'union glorieuse dans le royaume - voilà ce qu'est notre messe et ce qu'exprime si bien l'acclamation : "Nous proclamons ta mort, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire". Acte de foi qui embrasse les trois grandes étapes de la grâce : le passé (la liturgie de la croix), le présent (la liturgie de l'assemblée), le futur (la liturgie céleste).

Mais quand on sait ce qu'il y a derrière : la terrible mort de Jésus, sa grandiose résurrection - comment célébrer sans recevoir un coup au coeur ! Comment chanter : "Nous proclamons ta mort" sans apporter à la messe toute la souffrance des hommes ! Comment s'écrier : "Nous célébrons ta résurrection" sans lever la tête et rejeter tout désespoir !

Père de Jésus Christ, fois-nous devenir ce que nous recevons : le corps du Christ pour la libération des hommes. Comment le Christ est-il présent dans le pain et le vin ?

Il l'est d'une présence plus que symbolique. Christ ne fait pas "comme si" il était présent. Ceci est mon corps, dit Jésus. Il ne dit pas : Ceci signifie mon corps. A l'autre bout évitons de nous l'imaginer d'une présence trop matérialisée. Le Christ de l'Eucharistie est un Christ de gloire, ressuscité ; il est dans l'Esprit Saint. Nous ne sommes pas des anthropophages en mangeant le corps et en buvant le sang du Christ. A l'époque des évangiles, le corps voulait dire la personne, et le sang contenait la vie. Nous recevons le Christ en personne, nous recevons sa vie. Dans le corps livré, dans le sang versé nous recevons le Christ en son don entier sur la croix.



Dernière modification : 7 mai 2006
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# Posté le samedi 27 mai 2006 16:31